A mi parcours dans l’Atlantique

Rédigé le 13 janvier.
Voilà 9 jours que nous sommes partis.
Nous en profitons pour faire un petit bilan de mi-parcours. Hier nous avons fêté le passage de notre waypoint « Cuisse de canard »! Il s’agissait de la moitié du parcours, nous avions réservé à cet effet une boîte de confit de canard et de gratin dauphinois! Nous nous sommes régalés! Nous confirmons que les repas ont une importance capitale en traversée, bien manger c’est primordial pour le moral des troupes!
Tous les membres de l’équipage sont en forme, même si la fatigue commence à se faire sentir. Il y a eu quelques nuits assez peu reposantes du fait d’une houle de travers qui tapait et secouait! Le repos n’est pas si réparateur qu’à terre, le corps étant toujours soumis aux mouvements du bateau et aux bruits.
Les enfants sont sympas, ils ne s’impatientent pas pour l’instant. Owen a enfilé son maillot de bain dès le troisième jour pour : « Baigner aux Antilles, mer chaude »! Depuis il ne le quitte plus.
Solveig joue beaucoup avec Catherine et Jacques, au menu triominos et dominos!
Naïa est très sage, elle dort beaucoup et ne se lève que pour ses besoins ou pour attraper un poisson volant! ( auraient-ils un effet soporifique sur les chiens?) Malgré la hauteur du bateau il y en a environ 4-5 par 24h qui viennent atterrir sur le trampoline, les passavants ou le cockpit. Ceux qui lui sont accessibles, elle les attrape en moins de deux secondes et les mange! Nous récupérons les autres pour en faire des appâts.

Description d’une journée habituelle :
Elle s’organise autour de nos quarts = veille au poste de barre. Sur 24h nous veillons à tour de rôle, chacun trois fois deux heures. Sébastien : 6-8h, 14-16h et 22-0h ; Alice : 10-12h, 18-20 h et 2-4h, Jacques : 8-10h, 16-18h et 0-2h ; Catherine : 12-14h, 20-22h et 4-6h.

Levé 7h30-8h quand les loulous se réveillent, petit déjeuner en famille pendant que Catherine finit sa nuit et que Jacques veille.
Ensuite check de la météo et des mails, préparation des enfants par Sébastien, coup d’aspi plus ou moins serpillage pour éviter d’avoir trop de sel à l’intérieur par Alice, Catherine s’occupe de la vaisselle et du coup de balai extérieur.

Pendant le quart d’Alice c’est école pour Solveig, à la barre, en extérieur, vue sur mer, évidemment on fait plus light qu’au mouillage car le mal de mer guette l’estomac de la novice en lecture. Owen joue seul ou avec Catherine ou Jacques, Sébastien se repose. Catherine, notre maitre-queu prépare le déjeuner avant son quart et mange ensuite sur son perchoir pendant que nous nous attablons dehors ( anti-dérapant sous les assiettes recommandé même en catamaran!).
Les hommes font la vaisselle puis vient l’heure de la sieste sauf pour Sébastien qui prend la veille.
Vient ensuite le goûter, suivi de jeux de société, préparation du pain avec papa. Puis les journées passant très vite le soleil décline déjà sérieusement.

Un petit dessin animé vient ravir et rythmer la soirée des enfants au coucher de soleil.
Les lignes de pêche sont relevées. Sébastien fait un « tour de Cat et Terres », contrôle des éventuels problèmes (écoute coincée, ragage, entrée d’eau à bord…)

Vers 19h Catherine prépare le diner, souvent les enfants mangent en premier avec elle. Puis les trois adultes restant mangent vers 20h après le quart d’Alice.
Dès le repas terminé c’est dodo pour les coquins avec maman, à nouveau vaisselle pour les hommes puis dernier check des mails et météo par le capitaine devant un café avant son quart.

La nuit il y a toujours trois adultes qui dorment, un qui veille attaché (pieds et poings liés, non peut-être pas quand même !) dehors au poste de barre. On ne manoeuvre presque jamais la nuit, en tout cas jamais seul. Le soir nous préparons Cat et Terres pour cela, prise de ris dans la grand-voile (réduction de sa surface), rangement du spi (voile plus difficile à gérer en cas de survente).

Question énergie : en traversée c’est le pilote automatique (Jojo de son petit nom qui barre tout seul nuit et jour) qui consomme le plus en continu, vient ensuite le frigo. Ponctuellement le dessalinisateur et la machine à pain. Les panneaux solaires arrivent à compenser la conso du pilote et recharger un peu les batteries le jour quand le soleil donne bien dessus. Mais la nuit nous n’avons pas de charge possible. Nous faisons donc tourner un moteur chaque jour matin et soir pendant 2 h. On profite de ces moments pour cuire le pain, produire de l’eau douce.

Question sécurité : il y a nuit et jour une personne dédiée à la veille visuelle au poste de barre. Personne, qui contrôle grâce à la centrale de navigation notre cap, vitesse, présence et cap d’autres bateaux, contrôle radar la nuit, surveillance de la bonne tenue des voiles, de l’exposition au soleil des panneaux solaires.
Le port du gilet de sauvetage est obligatoire à l’extérieur pour tous. Nous nous attachons la nuit et les enfants ne sortent jamais une fois la nuit tombée. Les petits restent toujours dans le cockpit ou au poste de barre sous l’oeil d’un adulte.
Nous avons fait un briefing avec les équipiers avant le départ en cas d’homme à la mer pour savoir la conduite à tenir et savoir se servir du matériel (perche de repérage, bouée de récupération…)

Question pêche :
Les lignes sont généralement mise à l’eau dès le levé du jour. Les touches et prises se font souvent entre 12 et 14h. Relevage des lignes au coucher du soleil.

Dès que le bruit du moulinet se fait entendre, c’est branle-bas de combat! Là la journée devient extraordinaire!
Enfilage des gilets de sauvetage si les pêcheurs étaient à l’intérieur, longe attachée, installation du baudrier (pour coincer la canne sur le ventre), gants.
Les filles ralentissent le bateau si besoin (rouler le genaker)
Catherine au poste de barre, veille à la route de Cat et Terres, sa vitesse et aux enfants qui aiment ce poste qui leur permet de suivre la pêche sans risque!
Alice prépare l’arrivée de la bête : accrocher Naïa pour ne pas l’avoir dans les pattes, ouvrir le caillebotis qui recevra le poisson, préparer le rhum (pour tuer le poisson, on lui en pulvérise dans les ouïes, c’est rapide), le seau, le croc, le torchon.
Celui qui fatigue et remonte l’animal au moulinet se fait aider de l’autre quand il est à la jupe du bateau, le croc derrière les ouïes et le poisson est hissé à bord!
Un coup de rhum et on peut enfin se féliciter de la belle prise et de la bonne coordination des opérations!
Les enfants commencent à s’habituer à cette grande agitation qui les effrayait au début!
Vient le temps des photos, de la mesure, de la pesée (peson offert par Jacques et Catherine pour l’anniversaire de Sébastien) puis le poissonnier entre en scène. C’est Jacques le spécialiste de la découpe du poisson, parfois aidé de sa charmante assistante Claudia! Euh, Catherine! Et oui quand il faut découper les filets de deux dorades de 8 et 11kg on n’est pas trop de deux!
Ensuite on stocke : en tupperware, sous vide au freezer, en conserve, à sécher. Une vraie conserverie! Ça vous occupe la journée à coup sûr!
Cat et Terres confirme son statut pendant cette transat de catamaran de pêche et pêche au gros même! Les prises de moins de 40 cm sont relâchées.

Enfin la dégustation : rillettes, sushi, carpaccio, risotto, à la poêle, à l’indienne, blanquette, au mojo canarien, sauce chien, au maïs mayonnaise, à la bourguignonne. De la dorade à toutes les sauces quoi!

Nous avons pêché sur la transat pour l’instant :
Une dorade juvénile (40 cm) remise à l’eau immédiatement pour lui laisser le temps de grandir (elle n’était pas blessée)
Un baracuda d’un mètre utilisé pour appâter le lendemain, ce qui a porté ces fruits puisque le lendemain justement :
Deux dorades coryphènes et en même temps s’il vous plait! Comble de la joie à bord, les deux hommes chacun à leur canne en même temps et une synchronisation parfaite pour ces 2 belles prises : 1m10, 8 kg et 1m20, 11 kg!
Une autre dorade coryphène de 81cm par le cap’tain.

Côté voile :
Le départ fut tranquille avec spi seul puis genaker et génois en ciseaux car nous étions plein vent arrière, nous voulions faire un peu de route au sud pour avoir plus de vent. Nous avons ensuite pris un peu d’angle avec le vent, genaker plus grand-voile, cap plein ouest, là nous avancions plus vite mais rapidement ce fut assez inconfortable car la houle de travers nous secouait, le vent a un peu forcit sans dépasser les 26 noeuds. Maintenant nous avons repris notre configuration de confort : houle derrière, plein vent arrière, voiles en ciseaux la nuit et quand le vent forcit ou spi seul le jour quand il mollit. Nous espérons du vent stable et une mer calme pour la fin de l’expédition. Vivement le bain tant attendu au Marin!

10 ème jour, lundi 14 janvier 2019 : il nous reste 750 miles à parcourir sur les 2100 miles de la transat (3800 km). Nous avons déjà reculé nos montres 2 fois depuis le Cap Vert, nous avons donc -4 heures par rapport à la France.
L’alizée est light depuis 2 jours donc le spi est de sortie le jour et nous pousse gentiment vers les Antilles.
Il y a des sargasses parfois en pack (herbes dérivantes déjà décrites par Christophe Colomb!) et ce matin à 7 h Sébastien a du stopper le bateau et se mettre à l’eau attaché pour les dégager des safrans (gouvernail) car Cat et Terres était difficilement manoeuvrant. Petite apnée dans une eau à 26,8 degrés sécurisé par alice et hop nous voilà repartis.

A bientôt !

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